La République Gabonaise amorce un nouveau virage .

Mardi, 28 février, 2012 - 11:15

Annoncé officiellement par Laure Olga Gondjout, secrétaire général de la présidence de la République Gabonais ,  le Président Ali Bongo Ondimba a procédé, le 27 février 2012, à la nomination par décret , de Monsieur Raymond Ndong Sima au poste de Premier ministre, chef du gouvernement.

C’est la première fois dans l’histoire du Gabon qu’un Premier ministre n’est pas originaire de l’ethnie Fang de l’Estuaire. Bien que Fang lui aussi,  le nouveau Premier ministre est originaire d’Oyem dans la province septentrionale du Woleu Ntem.

A travers ce choix, Ali Bongo affiche sa résolution à disposer d’un «gouvernement de mission, un gouvernement d’accélération de la réalisation des objectifs fixés», ainsi qu’il l’a indiqué dans son allocution du 16 février dernier après la CAN2012. Raymond Ndong Sima est précédé d’une réputation de crack, de « bosseur » et d’expert en économie. Son passage dans le parapublic et dans l’univers de l’entrepreneuriat lui confère une culture du résultat, et de la gagne pourrait-on dire. S’il parvient à superviser son gouvernement avec cet esprit, il peut être permis de penser que les «objectifs fixés» pourraient être atteints ou, en tous  les  cas ,  sérieusement approchés.

Mais  les  observateurs  restent  sceptiques  quant  à  son  récent  passage  au  PDG, le  Parti  au  Pouvoir .L’homme reste  ,  en  effet  ,  marqué  ,  par un lien originel avec l’opposition . L’on se  souvient  encore  que lors de la Conférencenationale en 1990, il s’était fait remarquer comme porte-parole du Front Uni des Associations et Partis Politiques de l’Opposition (FUAPO). L’on se rappelle  aussi que  , lors de la présidentielle anticipée de 2009, il s’était rangé derrière la candidature de Zacharie Myboto. Mais  son  entrée  dans  la  précédente  équipe  gouvernementale ,  il  ne  la  devra  qu’à   Paul Biyoghé Mba . beaucoup  pensaient  ,  alors  qu’il  n’était  qu’un  simple  faire  valoir  pour  l’ancien  Premier  Ministre .

Malgré  toutes  les  qualités  qu’on  lui  reconnaît  ,  beaucoup  demeurent  sceptiques  quant  à  ses  capacités  à  se  faire  véritablement  entendre  par  des  ministres  ayant  évolué  ,  de  tous  temps  ,  dans  le  sérail  du  Parti  démocratique  Gabonais . Lui  ,  qui  a  eu  tant  de  mal  à  se  faire  élire  comme  Député  PDG  à  Oyem . Saura-t-il de ce fait se faire entendre des ministres PDG pur sucre ? Surtout qu’il est connu pour ne pas être un politicien de race.

A 56 ans, le cheveu charbon et sel, le parcours de Raymond Ndong Sima ressemble à celui d’un vent tourbillonnant, passant indifféremment de la haute administration au secteur parapublic, à l’entreprise unipersonnelle ou aux cultures de rente.

Dernier d’une fratrie de cinq enfants, Raymond Ndong Sima est entré en pensionnat à 8 ou 9 ans. Enfant du Woleu-Ntem, devenu orphelin de père dès l’âge de trois mois, on le retrouve à Alger dans la seconde moitié des années 1970 où il démontre déjà son intelligence de la vie en abandonnant une bourse d’études pour se retrouver à travailler de nuit à Paris (France) en vue de poursuivre une formation universitaire à Paris XIII, puis à Dauphine. Il obtient un DEA en Économétrie en 1981 et rentre au pays en 1983, non sans avoir entamé un projet de thèse en économétrie sur l’économie gabonaise. Il commence sa carrière à la DirectionGénéralede l’Économie où avec une équipe, il collabore au montage d’un modèle économique dénommé « Modèle de l’économie gabonaise Oméga ». Un travail qui a fait l’objet d’une publication dans la « Revue de l’Observatoire Français de conjoncture économique ».

Il commence donc sa carrière en 1983 comme Chargé d’Etudes à la Direction Générale de l’Economie. En 1985, il est Directeur de Synthèse. Arrive, en 1986, la première grande crise économique du Gabon, alors communément appelée « La conjoncture ». Raymond Ndong Sima est nommé au cabinet du Ministre de la Planification et de l’Économie où il est chargé du dossier de l’ajustement structurel. Il gère les relations avec le Fonds monétaire international et la banque mondiale jusqu’en 1994, même si, entre temps en 1992, il est nommé Directeur Général de l’Économie. A la fin de l’année 1994, il se retrouve à HEVEGAB comme Directeur Général. Il y reste jusqu’en 1998, année où lui est confié le dossier d’appel d’offre de la mise en concession du chemin de fer Transgabonais pour le compte des forestiers qui en deviennent adjudicataires. Ce qui le porte au poste de président directeur général de la Compagnie d’exploitation du chemin de fer Transgabonais (C.E.C.F.T). Fin 2001, parce qu’il est en désaccord avec les actionnaires de la compagnie, il en est remercié. Mais son départ de la CECFTdonne lieu à un procès qu’il remporte jusqu’en Cour d’appel. Au terme de deux ans sans poste d’affectation après son passage au chemin de fer, il décide de se prendre en main et crée son entreprise.

Il crée ainsi en 2003 la compagnie de transport terrestre Voyages et Loisirs des Tropiques. Certifiée par un commissaire aux comptes, la comptabilité de l’entreprise affiche en 2007 un peu plus de 500 millions de chiffre d’affaires. Cette année-là Voyages et Loisirs des Tropiques avait transporté un peu plus de 42 000 personnes.

En  dehors   de son giron professionnel, Raymond Ndong Sima développait bien avant son arrivée au département de l’Agriculture des plantations d’hévéa couvrant 25 hectares. De même, il tentait déjà une expérience dans la culture du palmier à huile. Il pratique par ailleurs le Karaté à un grade très élevé, grâce auquel il a formé beaucoup de pratiquants . Il a été Directeur Technique de la Fédération Nationale de Karaté et Entraîneur National, de 1986 à 1994. Jusqu’en 2006, on ne lui connaît aucun engagement politique, après celui du FUAPO mentionné,  plus  haut. Il est pourtant arrêté en 2005 pour « atteinte à la sûreté de l’État ». Il se serait agit d’une dénonciation calomnieuse, heureusement démentie par les services de la Garde Républicaine. Il est aussitôt libéré. Le reste est connu du public puisqu’il s’occupera de ses affaires jusqu’à son entrée au gouvernement de Paul BIYOGUE MBA  après la présidentielle de 2009. Paul BIYOGUE MBA , auquel  le  Chef  de  l’Etat  a  rendu  un  hommage  pour  le  travail  effectué .

Le  Nouveau  premier  Ministre  devra  former  et présenter dans quelques jours son gouvernement. Le président Ali BONGO ONDIMBA  a spécifié, dans son discours du 16 février 2012, qu’il est plus que temps de «passer aujourd’hui à une vitesse supérieure dans le rythme d’exécution des programmes gouvernementaux». De ce fait, «le futur gouvernement aura donc pour mission essentielle de traduire dans des actions concrètes, intégrées, visibles et durables, notre vision, nos engagements et nos ambitions pour notre pays».

Le cap vient  d’en  être  donné .

 

FSNB/AHRGM