Le Professeur Daniel ONA ONDO face à la Presse au sortir du Séminaire de Franceville !

Vendredi, 28 février, 2014 - 08:53

Au terme du séminaire gouvernemental du 23 au 25 février 2014 à Franceville, le Premier ministre, Daniel ONA ONDO , s’est livré à la presse. Le déroulement de ces assises, les réformes en cours et surtout la suspension, par le président de la République, des fonds communs ont été abordés.Voici  L’intégralité de l’entretien, à Franceville, avec la presse.

La presse : Le séminaire gouvernemental de Franceville qui vient de s’achever  a porté sur le thème «accélérer la cadence et l’impact social». Que retenir ?

Daniel ONA ONDO : Le Président de la République, son Excellence Ali BONGO ONDIMBA , a été bien inspiré de nous amener ici à Franceville. Vous savez, nous sommes une équipe. Il faut resserrer les rangs. Comme on dit au football, «on s’est mis au vert». Cela a permis de resserrer les liens entre-nous, de pouvoir avoir la même qualité de compréhension des problèmes qui minent le Gabon. Aujourd’hui, le problème c’est d’accélérer les réformes. Parce que le président de la République a mis les pieds dans le plat et il faut lutter contre la pauvreté. Nous avons travaillé d’arrache-pied pour que tout le monde sache ce qu’il doit faire dans le cadre des compétences qui lui ont été dévouées.

Pendant ce séminaire, vous avez assisté à plusieurs exposés parmi lesquels ceux des responsables des agences mises en place par le chef de l’Etat dans notre pays. Des agences dont le rôle a souvent été mal perçu par le commun des Gabonais. Votre vision a-t-elle changé après toutes les informations qui vous ont été fournies ?

DOO : Je vous remercie parce que je reviens de l’Assemblée nationale. Vous savez qu’on était tous contre les agences. Je n’ai pas peur de leur dire. Je crois qu’on a peur des agences parce qu’on a la méconnaissance de ce qu’elles font. Les exposés que j’ai suivi m’ont permis de mieux connaître le bien fondé des agences qui sont là pour impulser la politique du chef de l’Etat. Je crois que pour que tout le monde ait la même compréhension, il faut que les agences aillent au peuple et les meilleurs représentants du peuple sont à l’assemblée nationale, pour que ces hommes et ces femmes sachent exactement ce à quoi servent ces agences. Je pense que ces agences sont des outils indispensables à l’impulsion du développement du chef de l’Etat. Ma conviction profonde, je vous le dis sans démagogie, c’est que ces agences sont utiles au fonctionnement de notre économie nationale.

Le chef de l’Etat dans ses allocutions, à l’ouverture et à la clôture de ce séminaire gouvernemental, s’est positionné comme un homme pressé d’avoir des résultats, pressé de voir les projets se réaliser. N’est-ce pas de la pression qu’il exerce sur vous ? Comment accueillez-vous ces propos ?

DOO : C’est normal. Vous savez, je suis Premier ministre, chef du gouvernement. Il n’y a pas de temps à perdre. Le Premier ministre c’est une fonction essentiellement précaire et révocable. Je n’ai pas de mandat. Donc le Président à raison de me dire d’impulser une dynamique nouvelle pour faire avancer les réformes. Et moi, je transferts ce stress à mes ministres. Nous allons nous mettre au travail parce que les Gabonais n’attendent pas. Pour dire la vérité, ils attendent des solutions aux problèmes qui minent notre économie. Ce sont des problèmes importants. Il y a la pauvreté. Ce n’est pas un vain mot. Vous avez vu comme moi le rapport Mckinsey qui nous interpelle tous. Il faut donc trouver rapidement des solutions à ces problèmes. Nous avons des jeunes aujourd’hui qui n’ont pas de travail et pourtant ils ont une qualification requise. Nous devons trouver des solutions. Le président a raison, parce qu’il est élu pour un mandat, de demander à son chef du gouvernement de tout mettre en œuvre pour résoudre les problèmes des Gabonais et des Gabonaises.

Les communications nous ont démontré pendant le séminaire que l’Etat a des moyens pour réussir ses missions. Deux gouvernements sont passés avant le votre. Est-ce que le vôtre est celui qui arrive à point nommé pour que des réalisations soient maintenant visibles au profit des populations ?

DOO : De toutes les façons, vous allez voir. Je dois présenter ma politique générale à l’assemblée dans quelques jours. Vous verrez les propositions que nous allons faire, si elles sont adoptées par l’assemblée nationale, on avisera à ce moment-là. Je ne peux pas vendre la peau de l’ours avant en disant que je suis meilleur que les autres. J’ai la conviction que je ne suis pas meilleur que les autres. J’ai la conviction que si je suis seul je ne réussirais pas. J’ai la conviction aussi que j’ai le gouvernement qui est derrière moi. Ce n’est pas à moi seul de faire le travail. J’ai une administration qui est derrière moi et je crois que les uns et les autres mis bout-à-bout peuvent amener de bons résultats. C’est donc à moi d’impulser une dynamique qui est d’ailleurs impulsée par le chef de l’Etat pour réussir.

Ce séminaire intervient après la suspension des fonds communs par le Chef de l’Etat. Votre gouvernement est désormais attendu par les agents de l’Etat et par les populations pour les suites à donner à cette affaire. Votre avis.

DOO :Je vous remercie pour cette question. Cela fait quatre ans que le chef de l’Etat n’a de cesse de demander qu’on fasse des réformes du système de rémunération de notre pays. Il a prêché dans le désert. On ne l’a pas entendu. De guerre lasse, il a pris la décision de faire suspendre, je dis bien suspendre, il n’a pas dit supprimer, les fonds communs. Il m’a demandé de réfléchir rapidement et de lui faire des propositions. Quelle est la situation exacte ?

Le constat est clair. Aujourd’hui, nous avons plus de 200 milliards qui sont distribués en fonds communs. Je dis 200 milliards, mais ça doit tourner autour de 212 milliards. Dans ces 212 milliards de fonds communs, les gens qui les recueillent ramènent à peu près 100 milliards. Il y a un gap de 90 milliards qui est financé sur le budget de l’Etat. Ce qui n’est pas normal. Voilà la situation.

Vis-à-vis de cela, qu’est-ce que nous devons faire ? Le président de la République a demandé qu’on lutte contre la pauvreté. Est-ce que vous trouvez normal que des hommes et des femmes qui gagnent des salaires de moins d’un million gagnent jusqu’à 60 millions ? C’est anormal. Ces choses, on ne peut pas les dire au public pour ne pas mettre à la vindicte populaire des hommes et des femmes. Il y a eu des dérapages énormes d’autant que ces dérapages n’ont pas de soubassement juridique. Nous allons prendre des décisions et les premières seront de plafonner. Il est évident que vous ne pouvez pas prendre ce que vous n’avez pas produit. Si vous produisez 800 millions, il faut qu’ils se répartissent les 100 millions.

De deux, il faudrait qu’il y ait une clé de répartition entre ceux qui produisent (les administrations financières, les administrations administratives, les administrations de services). C’est tout à fait normal étant entendu que ceux qui doivent avoir le plus sont ceux qui produisent le plus. C’est une question de justice sociale.

De trois, il faudrait qu’on plafonne ce qu’ils prennent. Il ne faut pas que quelqu’un qui gagne un million puisse avoir 10 à 20 millions de fonds communs. Il faut plafonner et on ne peut pas plafonner au hasard. Il faut le faire en fonction des rangs que chacun occupe : directeur général, directeur… parce que tout le monde doit y trouver son compte ; parce c’est un problème de justice sociale.

Quatrième point de vue, aujourd’hui, nous avons la mal-administration pourquoi ? Les gens ne paient pas d’impôt. Quand vous avez des revenus, dans tous les pays au monde, vous devez payer les impôts. Nous allons fiscaliser ces revenus. On a mis en place une commission ad hoc qui va s’occuper de mettre en musique ce que je viens de vous dire. Le problème ce n’est pas d’aller contre les gens qui touchent cet argent. Cet argent qui est recensé va permettre de créer un fonds pour aller vraiment dans le sens de ce que veut le chef de l’Etat, c’est-à-dire réduire la pauvreté. Il doit y avoir un consensus national sur ce problème. Ce n’est pas de jeter à la vindicte populaire des hommes et des femmes qui gagnent de l’argent, c’est faire en sorte qu’il y a une justice sociale, parce que le président de la République veut une fonction publique compétitive, de justice. Et dans le cas présent, elle n’est ni compétitive, ni de justice. Quelques-uns se beurrent sur le dos de tout le monde. Ce n’est pas concevable, c’est inadmissible.

Cette décision provoque déjà des remous au sein de certaines administrations, quelles sont des mesures que vous avez prises pour gérer cette affaire ? 

DOO : Vous savez, je suis Premier ministre. Je n’ai pas peur d’être impopulaire. Je suis là pour prendre des coups. Quand je pense que ce que je fais est juste, je suis obligé de prendre des décisions. Maintenant c’est au chef de l’Etat d’apprécier si elles vont dans le bon sens ou non. Je vous ai donné le canevas général dans lequel nous allons travailler. Ce canevas, va être saisi par la commission ad hoc rapidement, parce que nous ne voulons pas pénaliser les hommes et femmes qui se sont engagés sur la base de ces primes. C’est illégal ! On engage le salaire de base, on n’engage pas les primes. Nous allons prendre des mesures. Les gens râlent, mais il y en a également qui disent que c’est normal. C’est la justice sociale. Ceux qui ont ces primes c’est la minorité par rapport à l’ensemble. Si un douanier fait grève, je crois qu’il a tort parce que ce qu’ils ont eu jusqu’à présent c’était absolument illégal et c’est absolument inadmissible. L’Etat ne peut pas continuer à sortir l’argent pour payer des primes alors que l’ensemble de la population ne touche pas ces primes. Il faut redistribuer à tout le monde. Je crois que c’est quelque chose qui peut être compris de tout le monde.

Source : GABONREVIEW