Mamadou DIALLO: « Pour la première fois, nous avons les moyens de vaincre le sida» !

Dimanche, 1 décembre, 2013 - 14:41

En cette journée mondiale de lutte contre le sida, l'ONUSIDA  (le programme des Nations unies destiné à coordonner l'action des différentes agences spécialisées de l'ONU pour lutter contre la pandémie de VIH-sida) se veut optimiste et assure que, pour la première fois, le monde « peut envisager la fin de l'épidémie ». Le nombre de nouvelles infections au VIH et le nombre de décès est en baisse par rapport aux années précédentes. Les décès liés au sida ont chuté de presque un tiers depuis 2005 en Afrique et les nouvelles infections au VIH ont baissé d'un tiers depuis 2001. Il faut dire que les budgets nationaux consacrés au sida en Afrique ont triplé entre 2007 et 2012.

Mamadou DIALLO, Directeur Régional de l'ONUSIDA pour l'Afrique de l'Ouest et l'Afrique Centrale, fait le point sur la situation.

RFI : L’espoir semble aujourd’hui, en 2013, le maître mot dans la lutte contre l’épidémie de sida. Pour quelles raisons ?

Mamadou Diallo : Pour de nombreuses raisons dont je veux vous en citer juste quelques unes. Pour la première fois dans l’histoire de cette épidémie, la peur a changé de camp et l’espoir est permis. Nous sommes, en ce moment, dans un contexte où la peur, le fatalisme, le déni et le pessimisme qui étaient notre réaction naturelle il y a quelques années quand on évoquait le sida, ont fait de la place à l’optimisme et à l’espoir. Pour la première fois, nous avons les moyens, les connaissances et les outils qui nous permettent de vaincre le sida comme épidémie.

En réalité, il y a toujours plus de personnes vivant avec le VIH dans le monde, mais le nombre de personnes infectées diminue proportionnellement aux années précédentes et les décès, aussi, sont en baisse ?

Ces chiffres que je vais partager avec vous sont très importants. Par exemple, nous sommes passés au plan global à près de 33% de réduction des personnes qui sont infectées nouvellement par le virus. En Afrique, ce chiffre est de 38% des nouvelles infections pendant la période 2001-2012. Dans le même ordre d’idées, nous avons vu un recul des décès liés au sida de 30% au niveau global dans la période 2005-2012. Ce recul a été de 34% dans la région africaine.

Quelles ont été les avancées qui expliquent ces progrès statistiques ?

D’abord un slogan mobilisateur : « Zéro nouvelle infection liée au VIH sida, zéro décès lié au sida et zéro discrimination ». Sur cette toile de fond de mobilisation globale, il y a eu de nouveaux outils qu’on a mis en place, par exemple l’accès aux traitements. En mettant les personnes sous traitement, par exemple, nous sommes capables d’une réduction de près de 96% de leur capacité à transmettre le virus à leur partenaire. Dans la même période, nous avons aussi réussi à accroître de près de 50% la proportion des femmes enceintes porteuses du virus qui ont accès aux traitements dans le cadre du programme d’élimination de la transmission mère-enfant.

Pendant la même période, les programmes liés à la prise en charge des personnes vivant avec le VIH en terme de prévention nous ont permis également de faire reculer de plus de 30% les nouvelles infections. Ce qui nous fait dire que la plupart des pays dans le monde, et en Afrique en général, arrivent à ce qu’on appelle en anglais le tipping point, c’est-à-dire le point de non-retour, le point dans l’épidémie où le nombre de nouvelles personnes qui sont infectées par le virus devient inférieur aux nombres de personnes qui sont mises sous traitement. Nous sommes donc à l’orée de notre capacité de pouvoir briser la trajectoire de l’épidémie et de pouvoir la contrôler.

Il y a des raisons d’espérer donc aujourd’hui que le sida disparaisse un jour de l’Afrique ?

Il y a des raisons d’espérer que nous serons en Afrique et dans le reste du monde dans une position - dans les prochaines années - où l'on pourra contrôler cette épidémie.

Qu’est-ce qui reste à faire pour mettre fin à l’épidémie en Afrique ?

Il faut lever les derniers obstacles qui nous empêchent d’arriver à l’accès universel, aux traitements et à la prise en charge pour les personnes qui vivent avec le VIH afin d’éliminer complètement la transmission et de réduire les nouvelles infections. L’un des obstacles majeurs, c’est la discrimination et la stigmatisation, ce sont les injustices qui sont encore d’être faites aux personnes vivant avec le VIH.

Concrètement cela veut dire que ces problèmes de discrimination empêchent la prévention, le dépistage et l’accès aux soins ?

Exactement, parce qu’ils forcent ces personnes à aller dans l’anonymat, à se cacher simplement à cause de leur choix de mode de vie, de leur condition sociale, de leurs occupations professionnelles. Donc, en se cachant, en n’ayant pas accès aux services de dépistage, ces personnes ne connaîtront pas leur statut sérologique. Et en ne connaissant pas leur statut sérologique, elles ne viendront pas chercher les services qui sont disponibles et qui sont gratuits pour le traitement et la prise en charge.

Mais également, même quand ils connaissent leur statut, la discrimination dont ces groupes sont victimes fait qu’elles préfèrent rester dans l’anonymat et ne pas venir au devant avec les systèmes de santé pour être pris en charge.

Quels sont ces préjugés persistants qu’il faut combattre au quotidien ?

Ces préjugés sont tous ceux qui touchent les personnes qui sont porteuses du virus. Le combat de l’ONUSIDA et de l’ensemble de nos partenaires dans la lutte contre le sida, c’est de se dire que le statut sérologique, donc le fait de porter le VIH-sida, le virus du sida ne fait pas de vous un citoyen de deuxième classe. Vous êtes un être humain avec vos forces et vos faiblesses, vos peurs, vos espoirs, votre optimisme. Et le rôle du système, c’est de pouvoir vous donner les informations et les services pour vous protéger, protéger votre santé et protéger la santé des personnes qui vous sont chères.

Source :RFI