Maître Louis Gaston MAYILA !

Jeudi, 8 novembre, 2012 - 15:19

Après l’annonce, le 31 Octobre dernier, de son exclusion de l’Union des Forces du Changement (UFC), par certains membres de ce groupement de partis d’opposition, Me Louis Gaston MAYILA , co-fondateur de l’UFC, a tenu à faire la lumière sur de nombreux points. Dans un entretien exclusif accordé à la rédaction de gaboneco.com, il annonce, entre autres, la mise en place du tout premier bureau de l’UFC, dont ne font évidemment pas partie ses détracteurs.

GE : Me Mayila bonjour et merci de nous accorder cet entretien.
L’opinion publique a été choquée du comportement de certains militants de l’UFC, qui vous ont pris à partie lors de la rencontre de cette coalition de partis d’opposition, le 31 Octobre dernier. Quelle est votre sentiment par rapport à cet incident ?

LGM : Ma réaction est simple. Je précise : ce ne sont pas des militants de l’UFC qui m’ont pris à partie. Ce sont des gens qui ont été appelés par l’Union Nationale, qui a envoyé des SMS toute la nuit, pour inviter des individus à venir m’agresser. C’est ce qui s’est passé.

Je suis allé à cette réunion de l’UFC qui s’est tenue le 31 Octobre dernier au siège du CDJ, et j’ai été surpris de voir que les gens pensent qu’en démocratie, quand vous ne leur dites pas oui, ils n’ont plus que la force pour vous faire adhérer à leur décision et à leur volonté. Moi je n’ai pas été formé comme ça. Pour moi la démocratie c’est l’échange. Comme disait Voltaire, « Je n’aime pas vos idées, mais je me battrai pour qu’elles existent ». Voilà ma conception de la démocratie.

GE : La paternité de l’UFC est aujourd’hui au cœur des discussions. Quelle est votre position ?

LGM : L’UFC, c’est M.MOULOMBA, c’est M.AKOURE DAVIN , c’est M.MENDOU  et M.MAYILA , d’abord. C’est nous qui avons eu l’idée ensemble, de dire qu’il faut réunir l’opposition. Et nous avons travaillé pour organiser les assises de Mouila que j’ai d’ailleurs présidées.  Une fois l’UFC mise en place, j’ai tenu à dire à Mouila, que je suis d’une opposition qui respecte les lois et les institutions de la République. Voici ma différence avec les autres qui pensent qu’être opposant, c’est insulter, c’est frapper, c’est désobéir à la loi. Je le dis une fois de plus, je n’ai pas été formé comme ça.

GE : Qu’est-ce qui a, par la suite, été à l’origine de divergences entre vous et certains autres membres de l’UFC ?

LGM : Arrivés à Libreville, nous avons décidé de faire un meeting. J’ai cotisé comme tout le monde. Nous avons mis en place un comité propre et périodique. J’ai écrit au Ministre de l’Intérieur avec M. OGOULIGUENDE pour demander une autorisation pour la tenue du meeting.

Le Ministre de l’Intérieur a conditionné son accord à la non prise de parole de membres de l’Union Nationale (UN) à cette rencontre. J’ai donc proposé que si l’UN veut absolument prendre la parole, que le meeting se tienne à son siège. Et que si le meeting se fait à Rio, l’UN devait accepter que des leaders d’autres partis politiques plaident sa cause. De toutes façons, le message était censé être le même pour tous. A savoir, la Conférence Nationale et la réhabilitation de l’UN. N’ayant pas pu obtenir ce que j’avais obtenu à Mouila, c’est-à-dire le fait que l’UN ne s’exprime pas en public (…), j’ai retiré ma participation et ma responsabilité. Et cette décision, je l’ai fait savoir au Ministre de l’Intérieur.

GE : Certains membres de l’UFC vous reprochent la fameuse phrase selon laquelle vous auriez traité l’UN « d’enfant mort ». Qu’en est-il exactement ?

LGM : Le 28 Octobre dernier, j’ai tenu le comité directeur de mon parti, et parmi les militants, une femme m’a demandé : « M. le président, vous continuez à nous dire de nous battre pour la réhabilitation de l’UN, alors que M. Nze Bekale a dit il y a deux jours que l’UN ne sera jamais rétablie. Comment vous expliquez cela ? »

J’ai répondu que je ne l’explique pas. Nous demandons que l’UN soit rétablie parce que nous pensons qu’elle a été dissoute injustement. Maintenant si elle n’est pas rétablie malgré tout, qu’est ce qu’on fait ?

C’est à moment-là que j’ai dit que « quand un enfant est mort, il faut faire le deuil et s’occuper des enfants vivants. Mais nous, opposition nous continuons à demander la réhabilitation de l’UN parce que nous pensons que le type qui a tué l’enfant doit payer pour cela, et doit donc la rétablir.

Maintenant, M. MIMONGO n’a voulu prendre que l’image de l’enfant mort, donc il faut s’occuper des vivants. Il a laissé la première et la dernière partie de la phrase. Pour les nerveux de l’UN, je me suis rendu coupable d’un crime de lèse majesté (…).

Et ces messieurs disent que j’ai pris à mon compte les propos de M. Emmanuel NZE BEKALE. Mais pour moi, je m’excuse de le dire, la Conférence Nationale Souveraine (CNS) est un coup d’Etat. Je leur ai dit que je n’étais pas partisan, et que s’ils voulaient que je me rallie, il fallait parler de Conférence Nationale ou autre perspective. C’est ce qui existe dans la « Déclaration de Mouila » que j’ai lue à la fin de nos assises là-bas.

Et donc , quand ils ont décidé de m’exclure, l’ACR s’est levée, tous les partisans de MAYILA  se sont également levés.

GE :Et justement, que comptez-vous faire par rapport à cette décision de vous exclure ?

LGM : Aujourd’hui nous avons créé le tout premier bureau de l’UFC , avec M. MENDOU comme président, M. MOULOMBA comme vice-président et porte-parole, M. ZE MEMINI  comme coordonnateur général, M. MOUKAGA  comme trésorier général. Voilà le bureau de l’UFC. Quant à ceux qui voulaient m’exclure, c’est moi qui les exclus aujourd’hui, parce qu’on a jamais vu quelqu’un qui est dans sa voiture, qui prend quelqu’un en stop, s’entendre dire par l’auto-stoppeur : « Monsieur, descendez de la voiture, c’est maintenant moi le propriétaire. » (…) Maintenant si ces messieurs veulent faire une organisation commune, qu’ils la fassent entre eux, mais ils n’hériteront pas de l’UFC.

GE : Les avez-vous informé de la création de ce bureau ?

LGM : Nous avons déposé toute la documentation concernant la création de ce bureau au Ministère de l’Intérieur. Pourquoi les en informer vu que nous ne sommes plus ensemble ? Moi je suis parti avec ceux qui m’ont suivi. Et nous, notre interlocuteur c’est le Ministère de l’Intérieur. C’est tout.

GE : Ca veut dire que vous êtes déjà en pleines démarches administratives pour conserver la paternité de l’UFC ?

LGM : Mais l’UFC c’est notre idée. Toux ceux qui s’insurgent aujourd’hui avaient refusé de venir à Mouila. Le seul qui avait accepté de venir, et qui a contribué à la naissance de l’UFC, c’est M. MAGANGA MOUSSAVOU. Je suis désolé de le voir rallier le camp des dictateurs et des partisans des exclusions.

Comme ils veulent vivre de leur côté, nous aussi on va vivre du notre, mais avec l’UFC qui est notre idée, qui est notre bébé.

Maintenant s’ils veulent se réunir en coalition, qu’ils proposent autre chose, parce que l’UFC c’est nous.

GE: Lors d’un point de presse en début de semaine, M. OGOULIGUENDE a parlé de suspension et non plus d’exclusion comme préalablement annoncé. Ca peut vouloir dire que de leur côté, les choses sont en train d’être revues avec plus de souplesse et de recul ?

LGM : Mais justement ! M. OGOULIGUENDE ,  lui-même, s’il veut être honnête, je l’ai entendu de mes propres oreilles, dire que « l’UN est dissoute. Il faut que les militants de l’UN intègrent les autres partis de l’opposition ».

La CE PEDRO nous avait d’ailleurs fait parvenir un rapport dans lequel il était stipulé que la réhabilitation de l’UN était une utopie. Ce rapport, nous l’avons tous en notre possession. 
Quelle est la différence quand c’est M. MAYILA  qui le dit et quand c’est M. OGOULIGUENDE  ou quelqu’un d’autre qui le dit ?

A propos de la CNS, j’ai entendu de mes propres oreilles, M. OGOULIGUENDE dire que la CNS devait être une affaire du gouvernement et de tout le monde. Que ça ne pouvait être l’affaire d’un seul parti d’opposition.

Quelle différence quand c’est lui qui le dit et quand c’est Me MAYILA qui le dit ? Maintenant il parle de suspension, moi je ne suis pas d’accord pour être suspendu.Si la réaction des autres c’est de dire que quand l’un dit oui, tout le monde doit se mettre à genoux, sachez que moi je ne sais pas me mettre à genoux. Quand je suis convaincu de quelque chose, je le maintiens jusqu’au bout. Et je suis tolérant. J’accepte que l’autre ne pense pas comme moi. Il y a des gens qui pensent que dès qu’on ne pense pas comme eux, on devient un opposant. Je trouve cela dommage. M. OGOULIGUENDE est un ami. M. MYBOTO également. Mais je ne suis pas l’ami de quelqu’un qui ne m’aime que quand je pense comme lui. Lorsque l’amitié qui consiste à dire que quand M. OGOULIGUENDE dit oui, je dois dire oui, je la refuse. C’est la raison pour laquelle, nous avons mis en place ce nouveau bureau. Maintenant, ceux qui veulent nous rejoindre peuvent le faire sans problème. La porte leur est ouverte.

GE : Un commentaire à propos de la déclaration de M. Ogouliguendé sur les chaînes de télé ?

LGM : M. OGOULIGUENDE a déclaré il y a deux jours sur Téléafrica, que M. MAYILA n’est pas un opposant. 

Mais depuis quand c’est à lui de décerner les titres d’opposants aux uns et aux autres ? On est opposant par posture. Et tout le monde sait que je ne suis pas d’accord avec le pouvoir en place. Je me suis battu aux côtés de M. MAMBOUNDOU qui, pour moi avait gagné les élections.

Mais aujourd’hui, c’est Ali BONGO qui est au pouvoir. Je suis bien obligé de le reconnaître. Sinon contre qui je m’oppose ? Si je dis qu’Ali BONGO  n’existe pas, à qui serai-je opposant ? Est-ce être de l’opposition de dire que « si dans 30 jours Ali ne fait pas la CNS, il faut qu’il parte » ? Et s’il part, on le remplace par qui ?

Quels moyens avons-nous pour organiser cela ? Et quel droit avons-nous de dire cela devant un peuple réuni ? Et tout ça pour que 30 jours plus tard, on ne voie rien. Quel crédit nous reste-t-il ? Et comment cette même opposition « digne », peut-elle dire que « s’il n’y a pas de CNS, il n’y a pas d’élection, Et de rajouter que si l’UN n’est pas réhabilitée, pas d’élection non plus ? ».

Dans quel pays peut-on vivre comme ça ? Et ils renchérissent en disant que « même si la biométrie est effective, tant qu’il n’y a pas la CNS , on ne va pas aux élections ».Moi je suis incapable de soutenir un tel point de vue, car je continue à penser que l’intérêt du pays passe avant celui de ma petite personne.

GE : Quand vous dites que la porte de l’UFC est ouverte à tous, les membres de l’ex UN y sont également conviés ?

LGM : Mais même quand nous étions tous ensemble, il était entendu que l’UN ne devait même pas signer la Charte de l’UFC. Une UN qui propose qu’on exclut les gens, n’est pas membre de l’UFC.

La charte prévoyait que l’UN ne signe pas, sinon le ministère de l’Intérieur n ‘allait pas reconnaître l’UFC. Avec ou sans nous, l’UN ne pourra jamais signer la Charte de l’UFC.

Depuis le départ, ce ne sont que des gens que nous invitons à nos débats, et que nous tolérons parce qu’ils se veulent de l’opposition. Mais ils ne sont pas membres de l’UFC.Ils ont signé la Déclaration de Mouila, mais pas la Charte.

GE : Quand prévoyez-vous la communication officielle présentant le nouveau bureau de l’UFC ?

LGM : M. MENDOU qui est le président de l’UFC doit tenir une conférence de presse, certainement dans la semaine.

GE : Merci Me Mayila. Un dernier mot ?

LGM : Mon dernier mot, ce sera pour dire que malgré tout ce qui se passe en ce moment, je n’ai qu’amitié et considération pour M. MYBOTO et M. OGOULIGUENDE.
J’ai eu honte des actes qu’ils ont posés en voulant absolument me molester, comme pour me faire avaler leurs arguments par la force, alors que la discussion est de mise dans une opposition.

Ils peuvent dire de moi tout ce qu’ils veulent, moi je n’ai pas honte.
Je peux me présenter la tête haute devant n’importe qui. J’ai travaillé dans ce pays pendant plus de 40 ans. Tout le monde sait ce que j’ai posé comme actes. Tout le monde sait ce que je suis capable de faire.

Mon but, c’est de réunir l’opposition pour qu’on avance. Et pour avancer, il faut discuter avec les gens qui sont en face de nous.

Les Gabonais ne peuvent pas continuer à s’ignorer ou avoir du mépris pour tous ceux qui ne sont pas d’accord avec leurs convictions.

Moi je suis pour qu’on discute avec tout le monde, car quel que soit le bord politique auquel on appartient, on est d’abord des Gabonais. 



Source : Gabon Eco