La langue française n'est pas en danger au Maroc.

Vendredi, 23 mars, 2012 - 13:00

“Newsletter”, “has been”, “low cost”, ou encore “brushing”. Les anglicismes foisonnent dans le langage parlé des francophones, mais aussi des arabophones. Face à cette hégémonie linguistique de la langue de Shakespeare, que deviennent les autres langues ? Semaine de la francophonie oblige, des écrivains et spécialistes de la langue française se sont penchés sur la place tenue par le français dans ce monde globalisé.

La Francophonie , c'est le dialogue avec les autres , c'est aussi renforcer la fraternité

L’occasion de débattre de ce sujet leur a été donnée par la délégation Wallonie-Bruxelles au Maroc, lors d’une rencontre portant sur l’avenir de la pluralité des espaces francophones organisée lundi 19 Mars 2012 , à Rabat.

Aujourd’hui, les francophones sont 220 millions, parsemés de part le monde. Pour Marc QUAGHEBEUR, poète et écrivain belge, « le français est une langue qui ne s’est pas développée comme les autres. Aujourd’hui, tout pays francophone est un pays plurilingue ». La langue française est donc une sorte de « challenger », qui réussit à se faufiler et à trouver sa place dans des pays où elle n’est pas une langue nationale. Un challenger également face au mastodonte anglais. Une idée confortée par Xavier NORTH , délégué général à la langue française et aux langues de France rattaché au ministère français de la Culture et de la communication. « L’espace francophone est pluriel. Partout où il est parlé, le français n’est pas seul ». Au Maroc pourtant, le français est encore considéré par certains comme « la langue du colon ». Il est donc soit rejeté en bloc, soit réservé à certains milieux sociaux et à la sphère professionnelle. Pour Abdellah BAÏDA  écrivain et critique littéraire marocain, ses compatriotes ont tort de considérer le français comme une langue impérialiste. Bien au contraire. « Avec une mondialisation qui prône l’unification, la francophonie peut être considérée comme un contre-poids destiné à protéger la diversité, en particulier de la diversité culturelle », assure-t-il. En somme, il existe de la place pour toutes les langues étrangères au côté des officielles.

   

Xavier NORTH , Abdellah BAÏDA , Daniel MENSCHAERT , Marc QUAGHEBEUR ( de g. à d. )

La diversité linguistique a d’ailleurs été mise en valeur par l’article 5 de la nouvelle constitution marocaine qui redore le blason de l’oubliée langue amazighe, sans oublier la place des autres langues étrangères. Le texte souligne « L’État veille à la cohérence de la politique linguistique et culturelle nationale et à l’apprentissage et la maîtrise des langues étrangères les plus utilisées dans le monde, en tant qu’outils de communication, d’intégration et d’interaction avec la société du savoir, et d’ouverture sur les différentes cultures et sur les civilisations contemporaines ».  Au final, le Maroc doit trouver le moyen de calmer ses démons historiques et colonialistes, et se concentrer plutôt sur les méthodes d’enseignement des langues, aussi bien nationales qu’étrangères.

 

Ecrit par Selma T. Bennani ( Le Soir ECHOS)