Entretien avec S.E.M.Abdu Razzaq Guy KAMBOGO,Ambassadeur Haut Représentant de la République Gabonaise , près le Royaume du Maroc !

Jeudi, 31 décembre, 2015 - 11:09

En poste, près le Royaume du Maroc, depuis le mois de mai 2013,   S.E.M.Abdu Razzaq Guy KAMBOGO, Ambassadeur Haut Représentant de la République Gabonaise, au terme de cette année 2015, a bien voulu nous accorder l’entretien qui suit . Le Chef de la Mission Diplomatique Gabonaise passe en revue divers aspects liés à la coopération entre le Gabon et le Maroc (Economie, Formation). Non sans éluder certains aspects concernant la Communauté Gabonaise résidant au Maroc.

Excellence, Monsieur l’Ambassadeur Haut Représentant, les relations diplomatiques entre le Gabon et le Maroc sont aussi vieilles que les indépendances. Les deux Etats collaborent dans plusieurs domaines comme la formation, le commerce, la santé et les voies militaires. Parlons d’abord, de coopération économique, qu’est-ce qui vous paraitrait, aujourd’hui nécessaire d’être  fait pour optimiser leur volume ?

S.E.M.ABDU RAZZAQ GUY KAMBOGO :Près d’un demi-siècle en effet que le Gabon et le Maroc entretiennent de relations très étroites, placées à un niveau très élevé dès le début par leurs Chefs d’Etat respectifs et encadrées par près d’une centaine d’instruments juridiques. La complicité, les convergences de vues, la proximité personnelle issue des qualités humaines très similaires entre les Feus Hassan II et Omar BONGO ONDIMBA sont observables chez leurs très dignes héritiers Sa Majesté le Roi Mohammed VI  et Son Excellence Ali BONGO ONDIMBA, Président de la République, Chef de l’Etat.

Ces grands hommes d’Etat, visionnaires ont toujours eu à cœur de faire de la coopération entre le Maroc et le Gabon, une relation exemplaire tout azimut, susceptible de tracter les autres coopérations. Pour y arriver, nous pensons qu’il faut ardemment dynamiser les échanges sur plusieurs plans, économique, culturel, militaire, sécuritaire, écologique, etc. sans omettre les collectivités locales. La diversification de nos échanges et leur consolidation sont incontournables si nous voulons réussir le challenge d’une coopération à l’image des rapports personnels de nos Chefs d’Etat.

Par-dessus tout, la coopération économique regroupe plusieurs secteurs mérite un dynamisme plus soutenu qu’actuellement. On pourrait tirer pleinement avantage des secteurs du Bois, des BTP, de l’Agro-industrie, du Tourisme, des Transports, en plus des Télécommunications et des Banques pour servir de catalyseurs à cet élan.

 

Quelles explications pouvez-vous donner au fait que cette coopération économique n’est pas souvent mise en avant alors qu’il existe de véritables opportunités qui s’offrent aux entreprises des deux pays ?

S.E.M.A.R.G.K :C’est toute la question que nous nous posons depuis notre arrivée, mais nous sommes là pour trouver des réponses et apporter notre contribution.

Vous savez, "il n’est de richesses que d’hommes", quand on a reconnu cette réalité, le reste n’est plus qu’une question de temps, quoique souvent le temps n’est pas notre allié.

Selon nous, pendant longtemps, malgré la multitude d’opportunités d’affaires à même de booster la coopération économique entre le Maroc et le Gabon, il a manqué d’initiatives et d’entrain de la part des principaux acteurs concernés, en l’occurrence les Opérateurs Economiques. Le contexte sans doute, il y a quelques années, y a concouru fortement, puisque la tendance était à la recherche des opportunités ou des partenariats à mille lieux, alors qu’il existe des gisements tout juste à proximité. C’est un peu la réalité sur l’ensemble de l’Afrique, puisqu’aujourd’hui tout le monde reconnaît que les échanges intra africain sont très en deçà du potentiel réel.

Si le Marocain et le Gabonais étaient rassurés sur leurs déplacements aisés entre les deux pays, sur leur installation dans l’un ou l’autre des deux pays, il n’en demeure pas moins que ces Opérateurs, qui n’ont pas forcément la hargne et l’agressivité des Chinois ou d’autres concurrents, avaient eux besoins d’être rassurés par des pionniers, à l’instar des institutions financières par exemple. Aujourd’hui, progressivement, ces préalables se mettent en place.

D’autres freins, comme l’existence du visa, ont pu aussi ralentir la dynamique des échanges entre le Maroc et le Gabon, aujourd’hui tout ceci est derrière nous. Il appartient désormais aux Opérateurs d’oser, comme d’autres qui viennent de plus loin qu’eux et s’en réjouissent.

Qu’est-ce qu’il serait souhaitable d’être entrepris pour permettre aux entreprises des deux pays de sortir des sentiers battus et de participer à la redynamisation des échanges et du partenariat économique ?

S.E.M.A.R.G.K : Communiquer, informer, former. Voilà en ce qui nous concerne la clé, ce que nous appelons la Stratégie "CIF". Intensifier les fora de communication sur le potentiel existant et perçu, sur les dispositions, les facilités offertes, etc. Informer sur les procédures, les mécanismes, les "success stories". Former dans les secteurs stratégiques, les domaines requis.

Nous constatons que l’ASMEX et Maroc Export font un travail formidable à travers le monde, en Afrique, en Europe, en Asie, en Amérique, etc. pour la promotion des entreprises marocaines et partant, du potentiel existant en favorisant des rencontres directes entre les acteurs de l’Economie. D’autres initiatives se sont aussi organisées ici et ailleurs dans les mêmes optiques. Mais vous conviendrez avec nous peut-être, que l’approche par des sous-ensembles peut s’avérer plus efficace. C’est pourquoi j’en appelle à une intensification des rencontres directes entre les Opérateurs de tous ordres investis de la mission de promouvoir les échanges entre le Maroc et le Gabon.

Quelle stratégie serait-il souhaitable de mettre en place pour permettre aux entrepreneurs  gabonais, d’avoir pignon sur rue au Maroc ?

S.E.M.A.R.G.K : D’abord il nous semble indispensable qu’il y ait une manifestation d’intérêt de la part de ces entrepreneurs. Puis, ils devraient commencer par s’appuyer sur les services de leur Représentation Diplomatique.

Pour permettre aux entrepreneurs gabonais d’exister au Maroc, le premier outil est l’information utile qu’il faut mettre à leur disposition sur le potentiel marocain et les règles en vigueur. Or ces informations existent et sont disponibles sur différents supports qu’il suffirait d’explorer ou exploiter

 

Excellence, la formation est l’un des axes de coopération les plus actifs car le Maroc  forme des étudiants Gabonais depuis de longues années déjà. Mais comment parvenir à faire face à la dichotomie existant entre étudiants ou stagiaires boursiers et non-boursiers ?

S.E.M.A.R.G.K : La dichotomie Privé/Publique existe dans tous les domaines, celui de l’éducation ou de la formation n’en échappe donc pas. Les deux étant complémentaires, nous ne voyons pas d’inconvénient à leur coexistence même ici au Maroc en ce qui concerne nos étudiants et stagiaires.

Hormis la prise en charge financière et médicale, tous les étudiants et stagiaires gabonais au Maroc bénéficient de la même assistance, du même accompagnement des services de l’Ambassade, en ce qui concerne nos missions.

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Pour les non boursiers leur nombre est difficilement quantifiable car beaucoup d’entre eux  ne viennent pas se faire enregistrer à l’ambassade pour identification et ce depuis des années. Des mesures seraient-elles envisageables pour résorber le phénomène ?

S.E.M.A.R.G.K : Les non boursiers maintiennent les liens avec les services de l’Ambassade, autant que les boursiers. A la différence que les boursiers sont un peu plus présents dans nos services que les non boursiers, pour des raisons de suivi, étant donné que l’Ambassade reste la courroie de transmission entre les Ministères, l’ANBG et les étudiants.

Excepté les récalcitrants qui choisissent de vivre au Maroc dans l’illégalité, tous les étudiants gabonais boursiers et non boursiers se font enregistrer et sont immatriculés. En 2014-2015 nous en comptions  567 étudiants dont 139 boursiers et 428 non boursiers et 220 stagiaires, dont 145 militaires, soit un effectif total de 787 apprenants toutes disciplines confondues, enregistrés et immatriculés.

Toutefois, ayant constaté que certains ressortissants Gabonais, pour des raisons qui leur sont propres choisissent de ne pas se faire enregistrer, nous multiplions des actions de sensibilisation pour les y amener. Car il y va de leur sécurité et du respect des règles d’immigration. De même, comment peuvent-ils prétendre à un quelconque droit, même celui d’apprendre ou de travailler, s’ils ne sont pas connus de leurs services consulaires et des services d’immigration du pays qui leur accorde hospitalité.

Hormis la sensibilisation, il y a la collaboration active avec les services des Affaires Etrangères et ceux de l’Immigration qui visent la facilitation des procédures d’établissement de la carte de séjour. Une collaboration que nous souhaitons également étroite avec les différents établissements qui accueillent nos jeunes étudiants.

 

Le Gouvernement Gabonais a entrepris certaines réformes sur le plan de la formation de ses étudiants. Les diverses actions menées par l’ANBG sont-elles effectivement perceptibles ? Ne pensez-vous pas qu’il soit utile de procéder à un audit des écoles, instituts et universités pour apprécier l’offre de formation dont aurait besoin le Gabon ?

S.E.M.A.R.G.K : Un audit des Etablissements de formation et d’enseignement s’impose en effet, mais surtout au niveau des établissements privés, étant entendu que les établissements publics sont clairement identifiés en fonction des filières.

Cependant, même si à l’issue de l’opération d’audit nous distinguons les établissements les plus fiables des moins recommandables, nous devons bénéficier du recours des parents à nos services pour que ceci soit utile.

Nous pensons par ailleurs que la lutte contre l’inadéquation Formation/emploi passe par un équilibre entre l’offre d’emploi et l’offre de formation. Or ce que nous observons ce qu’il existe un vide documentaire sur les besoins réels en formation dans notre pays en dehors des supports tel que "Mon Livre des Métiers" produit par la Fondation Sylvia Bongo Ondimba pour la Famille. Parallèlement, nonobstant les efforts fournis actuellement par l’ANBG dans le cadre de l’orientation des boursiers, plusieurs parents et étudiants choisissent de poursuivre leurs études dans des écoles conseillées par des amis, sans véritablement tenir compte de la qualité des enseignements et des débouchés en termes d’emplois.

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Excellence, quel rôle la Représentation Diplomatique du Gabon au Maroc, joue-t-elle, concrètement, concernant la protection et l’encadrement des ressortissants gabonais vivant sur le sol marocain ?

S.E.M.A.R.G.K : La protection et l’encadrement de nos ressortissants a un préalable fondamental, c’est la connaissance de leur existence en terre chérifienne. Puis la mise à leur disposition des informations et des services auxquels ils ont droit. Ajouter à cela la communication et l’information. Tout ceci, nous l’exécutons en améliorant chaque jour nos prestations.

Outre la recherche des solutions diverses dont ils ont besoins auprès des Autorités compétentes du Maroc, nous nous attelons régulièrement à accompagner et à assister nos compatriotes chaque fois que le besoin se fait sentir, aussi bien pour des problèmes académiques que consulaires et sociaux.

Des actions ponctuelles à leur profit et s’inscrivant dans le cadre de leur encadrement sont aussi organisées, à l’instar du Forum de l’Emploi.

 

Comment souhaiteriez-vous que s’établissent les relations avec le ministère des Gabonais de l’étranger ?

S.E.M.A.R.G.K : La création de ce ministère procède de la volonté du Président de la République, Chef de l’Etat à donner un rôle prépondérant à la diaspora gabonaise dans l’action de l’Etat Gabonais en ce qui concerne son développement. En ce sens, comme avec les autres institutions de la République dont nous sommes le relai au Maroc, nous entendons travailler en étroite collaboration avec le Ministère en charge des Gabonais de l’Etranger, conformément à nos missions respectives. Ce qui passe déjà par l’établissement des relations directes et/ou indirectes  via l’intermédiaire du Ministère des Affaires Etrangères entre les services de ce ministère et nous. Des relations que nous souhaitons régulières.

 

Il a souvent été reproché aux étudiants d’avoir des comportements peu honorables.  Comme conséquences beaucoup ont vu leurs études payer  le prix fort de ces insouciances. Y aurait-il un appel à lancer  pour une véritable  prise de « conscience » ?

S.E.M.A.R.G.K : On ne demeure pas étudiant à vie. L’Etre naît, grandit, vieillit et meurt. Nous avons souvent rappelé aux étudiants, lorsque nous les conseillons, que qui que ce soit ne fait rien pour personne ni contre personne et les actes que nous posons engagent notre vie toute entière. Dès lors, étant des Etres dotés de raison et d’intelligence, ils comprennent aisément qu’ils sont les premiers responsables de leur vie et de leur avenir. Nous, parents et dirigeants sommes là pour les aiguillonner et leur montrer la voie à suivre. Ils ont l’obligation de discerner et suivre la voie qui leur garantit un avenir stable.

Par ailleurs, sachant qu’un étudiant est le dirigeant de demain, ils doivent œuvrer pour assurer leurs arrières. Cela suppose qu’ils doivent assurer leur réussite académique, le respect des institutions du pays d’origine et d’adoption est l’une des règles d’or. De même, ils ne doivent pas perdre de vue qu’on n’est jamais mieux servi que par soi-même. Si depuis son arrivée à la Magistrature Suprême, et même avant d’ailleurs pour ce qui le suivent depuis, le Chef de l’Etat a placé la jeunesse et la femme au cœur de son dispositif stratégique, ce qu’en eux il place l’avenir et les performances du Gabon. A eux de prendre leurs responsabilités et de participer pleinement à la mise en œuvre des actions impulsées par le Président qui ne cesse de favoriser l’existence des tribunes d’expression pour tous.

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Pour finir, Excellence, et en ce qui concerne l’UGM (Union des Gabonais au Maroc) et l’AFGM (Association des Femmes Gabonaises au Maroc), comment redéfiniriez-vous leur fonctionnement pour mieux être à même de fédérer la diaspora gabonaise ?

S.E.M.A.R.G.K : Comme nous venons de le mentionner, Aux côtés des hommes, se trouvent des femmes et des jeunes. Aux côtés des anciens s’activent les nouveaux, tous sont invités à travailler en harmonie parfaite pour de meilleurs résultats. Les organisations qui se veulent performantes s’attellent quotidiennement à respecter ces équilibres.

De même, pour optimiser nos et efforts et capitaliser nos moyens, nous avons besoins que chacune de nos représentations donne le meilleur de soi. C’est pourquoi nous saluons la création au Maroc de l’Association des Femmes Gabonaises au Maroc (AFGM) qui arrive à propos, conformément à la "Décennie de la Femme Gabonaise" décrétée par le Président de la République, Chef de l’Etat. Nous pensons que la Femme gabonaise installée au Maroc pour des raison diverses, doit directement se sentir concernée par ce qui se fait au Gabon et doit donc y prendre une part active à la vie de la communauté. L’AFGM se doit donc d’être fédératrice et à l’obligation d’œuvrer pour atteindre le maximum de femmes et jeunes femmes qui ont besoin d’un cadre d’échange approprié.

Quant à l’Union des Gabonais au Maroc (UGM) qui est , en principe , un cadre plus élargi , nous pensons qu’il y a aujourd’hui une nécessité de redéfinir son mode de fonctionnement , de façon , non seulement , à impliquer tout le monde , comme souhaité , mais aussi à l’amener à être plus objectif . Nous pensons que l’UGM devrait dorénavant fonctionner comme un Conseil des Gabonais du Maroc, en se décentralisant davantage. Mais il appartient à l’ensemble des Gabonais vivant sur le sol marocain d’en juger de la pertinence. Le plus important étant que nous devons tous viser l’excellence, dans la cohésion, la paix et la bonne entente.

Interview réalisée par le Service Presse et Communication AHRRGM