Les Dirigeants de l’Espace Francophone misent sur l’espoir que représente la RDC pour l’avenir et pour la communauté de ses Etats membres !

Mercredi, 10 octobre, 2012 - 19:50

C’est ce vendredi 12 octobre que seront lancés , à Kinshasa , en République Démocratique du Congo ,  les  travaux du 14ème Sommet de la Francophonie. Administrateur Délégué de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), Clément DUHAIME  pense que le poids géostratégique de la RDC au sein de la Francophonie va tirer l’organisation vers le haut et fera en sorte que la langue française reste une des meilleures langues de communication.

Clément DUHAIME(à gauche) n°2 de l'Otganisation Internationale de la Francophonie , inaugurant le Village de la Francophonie , evec Raymond TSHIBANDA , Ministre Congolais des Affaires Etrangères

M. Clément Duhaime vous voilà encore à Kinshasa, cette fois-ci pour le 14ème sommet de la Francophonie. Quelles sont vos impressions sur ce qui s’était passé au Québec dans le cadre du forum mondial de la langue française où il y avait un nombre important de Congolais et africains en général. Est-ce le début de la défense de la langue française dans le monde ?

Effectivement, le forum mondial de la langue française a été un succès. Le président Diouf avait proposé aux chefs d’Etat à Montreux, il y a deux ans, de faire participer les jeunes en leur donnant beaucoup plus la parole. Effectivement, à Québec il y avait beaucoup de jeunes : plus de 2 000 participants dont la majorité était formée de jeunes de moins de 30 ans pour plus de 94 pays.

Donc, gérer tous ceux qui ont porté à cœur que le français reste une langue moderne, une langue de création. Mais ce n’est pas le début de notre combat. L’Organisation de la Francophonie est née en 1970 en terre africaine du combat des militants qui, dans les années 50, même 60, les écrivains, les journalistes s’étaient organisés dans l’unité de la langue française. Donc, c’est un combat militant qui a toujours existé. Aujourd’hui, certains disent que la Francophonie- c’est la politique- ne s’occupe plus de la langue française.

Bien au contraire, elle doit plus que jamais se battre pour la diversité, se battre pour la langue française. On a la chance d’être enfin, ici en terre africaine , en Afrique centrale, en Afrique des Grands Lacs, dans cette belle ville de Kinshasa. Il faut justement réaffirmer cela, parce que c’est votre pays qui, demain, va nous tirer vers le haut comme le dit le Secrétaire général Abdou Diouf, et fera en sorte que la langue française reste une des meilleurs langues de communication.

Beaucoup de gens pensent que la Francophonie sauvera le Congo, les autres par contre pensent le contraire. Quel est votre point de vue ?

On est ensemble, on est dans la même tendance. Votre pays est engagé fortement dans la langue française ; on le voit dans toutes les régions du pays il y un attachement au français. Donc, c’est un combat que nous menons ensemble. Le Secrétaire Général seul ne pourra pas faire en sorte que le français puisse rester dynamique et présent. C’est l’engagement fort des Etats membres et de la République démocratique du Congo par sa démographie. Elle a choisi depuis longtemps la langue française. On dit que ça fait plus de 125 ans que le français est la langue officielle de ce pays à l’exception de ses quatre langues nationales. Elle a pris un engagement ferme. Si elle garde cet engagement, en ce moment-là c’est toute la Francophonie mondiale qui en bénéficie.

Etant donné que notre système éducatif est en difficulté, certaines personnes n’hésitent pas de dire que la langue française est aussi en difficulté ?

Tout est lié. C’est pourquoi on a lancé un programme de formation avec l’agence de l’université : la qualité de la formation, la qualité de l’environnement éducatif, les perceptives pour les hommes d’avoir les nouvelles formations en techniques professionnelles ou universitaires. Pensez-vous que le monde anglophone n’a pas les mêmes problèmes que le monde francophone ? La Francophonie a les mêmes défis comme les grandes langues de faire en sorte que nos langues ne s’appauvrissent pas.

Bien contraire, respecter les grandes langues nationales transfrontalières en Afrique, c’est respecter l’identité, c’est respecter l’histoire. C’est respecter justement cette culture qui enrichit la langue française. Aujourd’hui, la langue française appartient à ceux qui la parlent. Vous vous êtes appropriés cette langue, comme chez moi à Québec on s’est approprié cette langue.

On la parle avec nos expressions et nos accents. C’est ça qu’il faut faire pour que la langue vive. Il faut que les lingala, kikongo, tshiluba viennent enrichir les expressions françaises. On a bien vu que si on respecte ces langues nationales, les jeunes apprennent beaucoup plus vite et mieux le français comme langue de médiations internationales.


Il a été décidé d’imprimer les dictionnaires de français couplés d’une langue nationale pour faciliter justement l’apprentissage de la langue française. Mais ces dictionnaires sont invisibles à Kinshasa.

Le travail de l’Organisation n’est pas de faire à la place des autres. Effectivement, il y a trente ans, on se moquait de la Francophonie de s’intéresser aux langues africaines, disant qu’elles allaient disparaître. On a fait ces dictionnaires, il appartient au pays où on fait ces dictionnaires de les distribuer pour qu’ils soient utilisés. C’est d’ailleurs ce que font certains pays. Le grand programme dont votre pays va bénéficier…


Beaucoup de Congolais ne maîtrisent pas le sens du sommet de la Francophonie. En tant qu’administrateur délégué de cette organisation, quel est le sens de ce sommet ?

Je me rends compte de plus en plus qu’il faut intensifier notre communication. Il faut aussi qu’on mette des relais médias pour dire que la Francophonie est une chance. Le français est une chance pour mettre en exergue le dialogue que nous avons entre les Etats membre. C’est entre autres de respecter la culture de différents Etats membres. Dans tous ces domaines, la Francophonie essaie de fournir des efforts. Mais nous avons des défis à relever, c’est de communiquer davantage au niveau de la population pour qu’elle puisse avoir une connaissance parfaite de l’Organisation.

Le village de la Francophonie est une initiative louable qui va permettre à tous les Congolais de voir concrètement à quoi ressemble la Francophonie. Les jeunes qui viendront verront qu’il y a des centres de lecture et bien d’autres choses. Le monde francophone aura les yeux tournés vers Kinshasa et il faut que la population aussi n’ait pas l’impression d’être exclue. La nuit africaine de la Francophonie avec  600 chanteurs , danseurs , rappeurs, tout cela contribue à donner l’image que la Francophonie, c’est la culture.

Il y a des Congolais qui pensent que la Francophonie égale Françafrique. Votre point de vue ?

L’histoire c’est que les pays africains ont pris en mains leur destinée. Ils décident eux-mêmes de leur politique, ils choisissent librement leurs partenaires. Je crois que ce débat est dépassé. La France l’a, à maintes reprises, expliqué très clairement. La relation est d’égal à égal. Elle n’est pas de celui qui a dominé à celui qui a été dominé. C’est la chance justement de certains de nos pays membres d’avoir une relation historique, d’avoir une relation forte. Ils doivent l’exploiter en chance supplémentaire pour le développement. C’est cela le discours qu’il faut tenir aujourd’hui. Ce sont les pays africains eux-mêmes qui ont mis fin à cette relation.

Le Gabon est candidat à l’espace anglophone. Qu’en pensez-vous ?

Le président gabonais a dit qu’il voulait faire comme la France, le Québec, où les jeunes ont la possibilité d’apprendre plusieurs langues internationales. Mais il n’a jamais dit que le français allait cesser d’être la langue officielle, il a dit à juste titre que les nouvelles générations découvrent les nouveaux marchés. C’est notre combat depuis les années pour la diversité des langues. L’important est que les gens sachent que le français c’est leur langue officielle, mais à côté tant mieux comme on le voit au Canada, les jeunes apprennent deux, trois ou quatre langues étrangères. Le Secrétaire général l’a même précisé, que ses enfants sont polyglottes.

Avec Mulumba Kabuayi/Le Potentiel